Photo site : Gouvernement de la République du Cameroun

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Les 5 et 6 août Washington a accueilli le premier sommet Etats-Unis-Afrique. Cinquante pays de l’Union africaine ont été conviés.

Ils étaient accompagnés par leurs délégations ainsi que de nombreux chefs d’entreprises. Et pour cause, le thème majeur était « Investir dans la prochaine génération». En marge de l’événement (1) cinq cents jeunes entrepreneurs avaient été invités à passer six semaines dans des universités américaines pour une opération séduction.

Grands absents au sommet, toutes les valeurs démocratiques prônées par les États-Unis, car bon nombre de dirigeants invités étaient accusés d’avoir quelque peu piétiné les droits de l’homme. Mais ne dite-t-on pas de l’argent qu’il n’a pas d’odeur ?

Ainsi, on a pu voir (2) Uhuru Kenyatta qui est en procès à la CPI (cour pénale internationale), Paul Biya du Cameroun, Blaise Compaore du Burkina Faso, Paul Kagamé du Rwanda, Yoweri Museveni de l’Ouganda, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée Équatoriale, José Eduardo Dos Santos de l’Angola, Idris Deby du Chad, Yahya Jammeh de la Gambie visiblement tous très à l’aise malgré les accusations qui pèsent sur eux.

Ce sommet fait suite à la prise de conscience états-unienne de ne pas avoir été assez présente sur le continent noir. Surtout que le concurrent Chinois lui, s’est lancé dans une politique commerciale avec l’Afrique en organisant tous les 3 ans un sommet sino-africain, devenant ainsi un partenaire commercial plus qu’important sur le marché africain. On a aussi pu constater qu’entre 2006 et 2008 les dirigeants et diplomates chinois ont visité plus de la moitié du continent Africain (3), de ce fait, il fallait aussi aux États-Unis leur part du gâteau.

L’objectif d’Obama était clairement affiché. Il faut intensifier les échanges en Afrique qui est perçue comme étant une porte de sortie à la crise qui dure depuis 2008. Le rapport du Sénat français d’octobre 2013 avait par ailleurs pour titre » L’Afrique est notre avenir » (4). Mais quel honneur ! Main-d’œuvre peu coûteuse, population jeune et nombreuse, richesses des sols sont des éléments non négligeables pour les mentors de ce monde. L’Afrique fournit déjà 15 % du pétrole brut états-uniens et cela va encore augmenter car des réserves ont été découvertes sur la côte ouest-africaine (5) et en ce moment se construit un pipe-line reliant les pays africains de la côte ouest (6). Pour les États-Unis, il s’agit de se rendre indépendant du pétrole provenant du Moyen-Orient, région instable où la population rejette vigoureusement la politique états-unienne qu’elle considère comme étant impérialiste. Il faut seulement deux semaines au pétrole ouest-africain avant d’arriver les États-Unis, contre six pour celui en provenance du Moyen-Orient. De plus les régimes fiscaux sont favorables aux investisseurs étrangers et il ne subsiste aucune réglementation. (7) « Malgré les 70 conventions et accords internationaux qui traitent de la protection de l’environnement marin, aujourd’hui, il n’existe aucune législation internationale pour encadrer les plateformes et les études sismiques en mer. Il n’existe pas non plus de « réglementation internationale limitant le déversement de déchets de production telle que les fluides et déblais de forage et les eaux de production » (GRIP).

carte ressource

S’ajoute à cela le projet Africom (8), qui vise à aider les populations à lutter contre le terrorisme dans la région du golfe de Guinée, région ne l’oublions pas, plutôt riche en pétrole. L’installation Africom pourrait ainsi être par là même une occasion de protéger les infrastructures américaines.

Pour ce qui est du Cameroun, le Président Paul Biya a reçu le 4 août, (9) Chris SMITH président de la Commission des affaires africaines à la Chambre des représentants républicains. Et c’est avec une certaine fierté que le site du gouvernement camerounais a annoncé que le président et l’Américain Chris Smith ont abordés la possibilité pour le Cameroun de bénéficier des financements de l’AGOA (L’Africain Growth and opportunity Act (AGOA), (Acte pour la croissance et l’opportunité africaines).

Mais qu’elle est donc cet exploit du nom d’AGOA dont le Cameroun se félicite ?

Décrété en 2000, l’AGOA donne le pouvoir au président américain d’ouvrir les portes du marché des biens et services africains en provenance de 48 États africains, mais seulement si ces pays acceptent les conditions fixées par les États-Unis.

Image/Clinton Fondation

Image/Clinton Fondation

Image/ Clinton Fondation

Quelques points pour être éligible (10) (11) :

– Pour que le pays soit éligible, celui-ci doit soutenir la politique étrangère des États-Unis.

– Les mêmes mesures doivent être accordées aux entreprises nationales et étrangères (droits de douane, impôt etc.). Réduire le protectionnisme.

– Les pays africains doivent avoir une « économie de marché » c’est-à-dire que tous doivent conduire au profit. Aussi bien le secteur des transports, des télécommunications, de l’eau, de l’électricité etc.

– Les États africains doivent éliminer les subventions. Cela inclut des subventions agricoles comme le riz et la farine, la pêche, l’élevage. Cela aura pour conséquence d’abaisser le rendement des producteurs et diminuera les exportations de ceux-ci et cela favorisera le marché américain.

– Puis, une absence de contrôle des prix

Pourtant, les États-Unis font partie l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et comme tous ses membres, ils doivent ouvrir leur marché sans que des conditions soient imposées or dans l’AGOA les États-Unis décident seuls des conditions d’échanges. Une à deux fois par an le forum AGOA convoque les présidents africains « bons élèves » pour « leur donner conseil » sur la gestion économique et politique de leur pays.

AGOA va pouvoir implanter des entreprises multinationales états-uniennes et ainsi contrôler les ressources de pétrole, d’or, de cuivre, de diamants dans les régions où les travailleurs ont moins de droits sociaux et où les salaires sont les plus bas.

Le Figaro.fr avec AFP

Le Figaro.fr avec AFP

Le Figaro.fr avec AFP

À moins d’avoir eu le « privilège » d’être invité à Washington, le citoyen africain lambda ne verra sans doute jamais fleurir les résultats de ces juteux contrats. Ventre à moitié plein, il reprendra sa pelle et sa pioche pour aller labourer le reste des terres qui n’ont pas été bradées avec cette immense sensation qu’une fois de plus, quelque chose lui a échappé et qu’une poignée d’hommes ont eu raison de son avenir et celui de ses enfants. Puis ce sentiment d’impuissance et d’humiliation que l’homme africain porte en lui résonnera encore un peu plus fort.

Sources :

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